PROJET DE RECHERCHE SUR LE GFE

UNB Faculte de foresterie et de gestion de l'environnement


EXACTITUDE SCIENTIFIQUE



Grand pic (Dryocopus pileatus)
(Photo: Parks Canada)

Le Groupe de recherche sur l’écosystème de la grande région de Fundy est une coalition regroupant plus de 30 chercheurs et gestionnaires des ressources qui se sont associés dans un effort conjoint de recherche et de gestion à l’échelle du paysage. Il se compose de chercheurs provenant de plusieurs universités, notamment de l’Université du Nouveau Brunswick et de l’Université Dalhousie. Il compte également des chercheurs et des gestionnaires des ressources de divers organismes gouvernementaux, y compris le gouvernement fédéral (Parcs Canada, Service canadien des forêts, Environnement Canada) et le gouvernement provincial (ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie du Nouveau Brunswick). Il regroupe également des représentants de l’industrie, notamment de la J. D. Irving Woodlands. Tous ensemble, les membres de ce groupe comptent des centaines d’années d’expérience en recherche et en gestion des ressources.

Il est toutefois difficile pour ces scientifiques, malgré leur grande expérience et leur excellente formation, d’élaborer des séries détaillées de directives d’aménagement forestier. Cette difficulté tient à plusieurs raisons qu’il importe d’examiner avant de définir une série de directives.

En premier lieu, les écosystèmes sont beaucoup plus complexes que tout autre système que l’homme a tenté de comprendre et de gérer. La science des écosystèmes ou écologie comporte de nombreux concepts qui ont une utilité générale, mais qui ne peuvent être qualifiés d’analytiques. Elle est notamment limitée par le simple fait que les études ont toujours été menées à des échelles temporelles et spatiales réduites. Brown et Roughgarden (1990) ont souligné que 60 % de toutes les études écologiques portaient sur une échelle spatiale de moins d’un kilomètre carré et que 70 % d’entre elles s’échelonnaient sur moins d’un an. Il ne faut donc pas s’étonner que les spécialistes des écosystèmes en connaissent beaucoup sur les individus, moins sur les populations et très peu sur les communautés et les écosystèmes. Le problème découle du nombre très restreint d’études à grande échelle et à long terme dont les résultats sont directement applicables à l’aménagement forestier.

En raison de la grande complexité des écosystèmes, les scientifiques et les gestionnaires des ressources sont obligés de ne mesurer que des parties du système. Pour établir des généralisations sur les systèmes plus grands, ils ont couramment recours au concept des espèces indicatrices. Ainsi, la province du Nouveau Brunswick utilise la martre d’Amérique comme espèce indicatrice dans les forêts résineuses mûres surannées. Cette méthode a ses limites, mais elle est nécessaire car il est impossible d’étudier et de surveiller toutes les espèces. Les recherches que nous avons menées dans la grande région de Fundy ont été axées sur les espèces susceptibles d’être vulnérables aux changements prévus du milieu forestier qui résultent de l’orientation que nous avons donnée à l’aménagement forestier. Au nombre de ces espèces indicatrices, mentionnons le grand pic, le polatouche et l’ours noir. Toutefois, nous avons aussi adopté une approche plus générale qui ne s’attache pas uniquement aux espèces indicatrices. Ainsi, nous avons étudié des guildes d’oiseaux nichant dans les cavités des arbres, des groupes de papillons, des oiseaux et des plantes vasculaires. D’autres études nous ont permis de mesurer divers paramètres de l’écosystème, telles la qualité et la quantité des ressources en eau, la température, la diversité génétique de certaines espèces et la quantité de débris ligneux grossiers.

Les écosystèmes sont beaucoup plus complexes que les systèmes financiers, ce qui n’empêche pas la société de consacrer des milliards de dollars à la surveillance, à l’évaluation et au suivi de ces derniers et d’établir souvent de piètres prévisions sur les changements à venir. Il ne faut pas s’étonner qu’il soit extrêmement difficile de tenter de prévoir les réactions du milieu aux activités d’aménagement forestier dans des écosystèmes fort variables et complexes. En raison de leur formation, les scientifiques sont toujours soucieux des degrés d’exactitude et de précision. En cas d’incertitude, ils sont donc peu enclins à établir des prescriptions exactes. Les présentes directives ont été élaborées à partir des meilleurs données scientifiques existantes et d’après le jugement professionnel des scientifiques et des gestionnaires des ressources du Groupe de recherche sur l’écosystème de la grande région de Fundy.

Pour les raisons susmentionnées, la prévision du comportement d’un écosystème comporte toujours une certaine dose d’incertitude. À l’inverse, un régime d’exploitation forestière réduit l’incertitude et maximise la prévisibilité des ressources. Il y a presque toujours un écart de précision entre les deux approches. Un aménagiste peut facilement prévoir les incidences sur la possibilité de coupe qu’aura un rideau riverain de 75 m par opposition à un rideau de 100 m. Toutefois, les chercheurs ne peuvent facilement prévoir les divers effets de ces deux rideaux de largeur différente sur la biodiversité, les déplacements de la faune ou la qualité de l’eau. Ils peuvent affirmer avec une certaine certitude que ces rideaux verts sont importants, mais ont plus de difficulté à préciser l’influence exercée par des rideaux de 30 ou de 60 m. Cet “ écart de précision ” est souvent source de mésentente entre les chercheurs et les gestionnaires des ressources. Pour régler ce problème, la meilleure solution, outre la réalisation d’autres recherches, est de se fier au meilleur jugement professionnel et d’appliquer le principe de précaution. Ce principe signifie simplement qu’il vaut mieux, en l’absence de données solides, pêcher par excès de prudence et esprit de conservation.



TABLE DES MATIÈRES

 

 

 


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Information provided by:
Dr. Graham Forbes
Faculty of Forestry and Environmental Management at UNB
Last Update: Dec 17, 1997
This document: http://www.unb.ca/web/forestry/centers/cwru/fissues.htm